Un nouveau départ

2019, l'année du cochon ; c'est mon année, vous pouvez donc deviner mon âge. C'est aussi une année de changement. Le titre de ce billet est un peu ironique parce que j'aurais pu l'écrire plusieurs fois déjà : j'ai déjà fait table rase de ma vie à plusieurs reprises. Appuyer sur le bouton reset, repartir à zéro dans une autre ville, un autre pays, une autre province. Changer de boulot, changer de maison, changer de langue. C'est comme si je fuyais quelque chose, ne trouvez-vous pas ?

Il m'a fallu du temps pour comprendre qu'effectivement je fuyais quelque chose. Mais ce que je fuyais, à chaque fois je l'emportais avec moi. Toute ma vie j'ai appris à être fort, à garder la tête hors de l'eau et à survivre coûte que coûte. J'ai toujours trouvé ça normal parce que je ne connaissais rien d'autre. Alors je suis resté fort et j'ai continué à avancer. Jusqu'à ce que le sol s'effondre sous mes pas.

PTSD. Dépression majeure. Curieusement j'ai très bien pris le diagnostic. Apprendre que j'étais malade n'a pas été difficile à accepter : ça expliquait tellement de choses.

25 ans après la fin du supplice je me rendais enfin compte de ce qui était pourtant si évident : les années de maltraitance infantile, la violence physique, psychologique, sexuelle. Je le savais mais en même temps je l'ignorais. Une sorte d'aveuglement, de déni. Autant que je me souvienne j'ai toujours su ce qu'était la maltraitance infantile mais curieusement je n'avais jamais appliqué ce concept à ma propre situation. J'étais trop préoccupé par ma survie, trop inquiet pour celle de ma mère, trop occupé à vouloir protéger mon jeune frère. C'était la seule vie que je connaissais, il était difficile d'imaginer qu'il pouvait en être autrement. Non pas que je n'ai jamais souhaité la mort de mon géniteur -- dieu sait que, bien que je ne croie pas en lui, j'ai maintes fois prié pour qu'il le fasse périr.

Il aura fallu un effondrement total de ma vie à l'âge de 40 ans et un diagnostic médical pour que s'opère en moi une prise de consicence : je suis malade et il faut que je trouve un moyen de guérir. Le chemin a été long, très long, et difficile, très difficile. Après tant d'efforts, de temps et d'argent consacrés à aller mieux, pour moi-même et pour ma famille, je pense que les résultats sont enfin là.

Il aura fallu près de 48 ans pour que l'enfant qui est en moi cesse d'avoir peur. Il est toujours triste et il lui arrive encore de pleurer, mais je peux enfin dire que je prends le contrôle de ma vie. Du côté émotionnel j'ai encore beaucoup à apprendre, mais j'apprends à m'ouvrir à mes propre sentiments plutôt que de me renfermer. C'est encore nouveau mais j'en ressens déjà les effets. C'est une transformation sans en être une : je demeure le même, mais je commence à me diriger vers un équilibre mental et émotionnel qui est pour moi sans précédent.

Côté dépression, je vais beaucoup mieux : j'ai arrêté les médicaments mais il va falloir que j'en parle au médecin. Pour l'anxiété j'ai toujours besoin de médicaments, sinon je ne dors pas, mais il y a aussi du progrès. En ce qui concerne le PTSD : ça doit faire un an que je n'ai pas eu de flashback ou d'état d'hyper-vigilance incontrôlable. J'applique les techniques et stratégies apprises lors de mon traitement psychiatrique et je demeure maître de la situation. Je me considère en rémission. Je reste prudent afin d'éviter une rechute potentielle.

Grâce à tous ces progrès j'arrive à supporter un climat professionnel assez excécrable, et en y réfléchissant j'en ai conclu que le l'ambiance au travail est devenue toxique. Il est donc temps pour moi de tirer ma révérence et prendre le contrôle de ma destinée professionnelle. Cette nouvelle année du cochon est une excuse toute trouvée pour décider d'une renaissance. Je démissionne à la fin du mois pour devenir travailleur indépendant.

Je sais que ça ne va pas être facile et que j'ai des responsabilités familiales. Mais j'ai confiance. Et puis j'ai vécu bien pire que ça.

Je suis un survivant. Je suis un survivant qui n'a plus peur.

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@Kicou vit au Canada. Il aime Linux, les sushis et les chocolatines. Vous pouvez le retrouver sur Mastodon, un réseau social libre et décentralisé.